The Social Network : que faire avec les réseaux ?

Le groupe Senior Action de Viadéo a réuni quelques personnes autour du film The Social Network, consacré à la naissance du célèbre et controversé Facebook.

L’on y apprend, si l’on ne le sait déjà, quelles furent les motivations initiales pour le moins douteuses de son créateur. Puis l’affaire se transforme en entreprise capitalistique, avec son lot de ruptures et de trahisons.

Mais ce n’est sans doute pas cela le plus important à retenir de l’aventure Facebook.

L’on manque sûrement de recul puisqu’on en est à la préhistoire de ce phénomène. On peut juste commencer à se poser quelques questions :

Qu’est-ce qui nous amène, chacun d’entre nous, à devenir un « profil » sur de tels réseaux ?  Dans quel but veut-on à tout prix créer sa page ? Quels sont les enjeux sociaux d’une telle production de données personnelles ?

Oui bien sûr, les réseaux sociaux ont leur utilité, et peuvent potentiellement sortir des personnes de l’isolement et de la précarité. Est-ce bien le cas pour le plus grand nombre ?

L’époque et les conditions économiques produisent l’isolement, la solitude et la précarité. Face à la déliquescence des liens professionnels, familiaux, amicaux, nous avons ce besoin d’exister « virtuellement » sur les pages de l’Internet.  Mais que va-t-on ainsi créer ? Quelles empreintes s’agit-il de laisser ?

Dans son livre No Logo, Naomi Klein expliquait comment les grandes entreprises se sont inventés leurs légendes, comment les marques, les logos ont envahi  l’espace, et comment ces grandes firmes ont fini par vendre ces logos, ces storytelling, autant que leurs produits.

Il est à craindre que l’on ne fasse un peu la même chose, à son niveau, en créant sa page, son profil, sans réel contenu ni réflexion.  Qu’est-ce que l’on dit de soi-même ? En quoi cela permet-il d’échanger, d’aller vers les autres ? L’on nous a tellement rabâché qu’il fallait « se vendre » que nous essayons désespérément de tout vendre : profession, passions, obsessions ; l’intime et le public mêlés.

Les grandes entreprises vendent  désormais leur marque plutôt qu’une production de qualité.  Il faudrait se garder de reproduire cette tendance, et complaire ainsi au pouvoir économique dominant.

A l’instar du quart d’heure de gloire pour tous d’Andy Warhol, peut être que Facebook a inventé le « profil » légendaire pour tous, l’étalage universel et plus ou moins intime ou vulgaire de sa personne au vu de tous.

Malheureusement, tous ces profils mis bout à bout ne forment pas une force collective, mais nous laissent en proie à nos égos, pas toujours bien inspirés.

En somme, l’on duplique et l’on diffuse sa propre solitude au lieu de tenter de recréer le véritable lien social qui nous fait défaut.

C’est sans doute la part sombre de certains de ces réseaux sociaux : encourager le nombrilisme,  l’anecdotique, pour ne pas dire l’insignifiant, dans un monde où il est urgent de se regrouper et de partager.

Ce film sur la genèse de Facebook est édifiant sur ce point, mais avec le temps, les réseaux deviendront  sans doute ce que nous voudrons bien en faire.

Hervé Dauphin

La Fabrique à Soi

4 réponses à The Social Network : que faire avec les réseaux ?

  1. Intéressante réflexion… même si je ne la partage pas totalement. On peut utiliser Facebook de manière plus subversive, certains d’ailleurs ne s’en privent pas ! Personne n’est obligé de dévoiler sa vie sous toutes ses facettes, même les plus naïfs commencent à s’en apercevoir (à moins d’exhibitionnisme, mais c’est une autre histoire).
    S’il est une chose toujours libre d’accès, c’est bien notre libre arbitre. C’est lui qui nous conduit à ignorer tel ou tel réseau… ou à l’utiliser de manière créative.
    (PS ) au passage, pour ceux que ça intéresse, l’adresse du blog Senior Action :
    http://senioraction.over-blog.com/

  2. Face book est un outil simple pour échanger des informations et des documents : interviews, musiques, créations graphiques … Je ne connais pas d’outil plus simple : un clic pour échanger sur ses coups de coeur, littérature, ciné, émissions etc… Rebondir y est facile. Et bien sûr, garder la mesure de notre cercle d’amis.
    On est à nouveau dans la question de l’outil, qui n’est qu’un moyen et des fins.

    Le bon usage ne va pas de soi en fonction de la maturité de l’utilisateur et effectivement de son ego mais c’est comme dans la vie, me semble-t-il.
    Ce qui pose vraiment problème, c’est la trace indélébile.
    La vraie liberté d’usage serait vraiment de pouvoir effacer ce qui ne nous convient plus parce que nous sommes vivants, et que notre regard change.

  3. Et si on parlait de “fast lien social” ? Après tout, certains ont de Facebook une utilisation compulsive, d’autres le digèrent difficilement, et d’autres encore le fréquentent modérément, par plaisir ou par nécessité d’adaptation purement sociale justement (accompagner ponctuellement ses enfants ou un groupe d’”amis” par exemple).

    Je m’attends à une levée de boucliers ! Bien sûr, l’analogie est incomplète. La qualité du contenu n’est pas comparable, on ne donne pas explicitement tant de soi dans un fast food que dans un fast lien social network, etc.

    Mais j’ai un envie de creuser la question du superflu. Les conversations orales lors de rencontres visuelles, voire uniquement auditives, sont truffées de paroles apparemment insignifiantes mais qui font partie d’un langage plus global (corporel, gestuel, contextuel, etc.) très utile pour l’appréhension des uns par les autres. D’une part, reproduire tout cela par écrit est certainement illusoire. D’autre part, l’insignifiant écrit prend plus d’importance puisqu’il devient permanent.
    Si la rédaction requiert un travail de construction, le discours oral et dans une certaine mesure l’expression sur Facebook sont moins travaillés. Et le superflu n’est-il pas indispensable pour créer du lien ?

    Céline

  4. Hervé Dauphin

    Merci de vos réactions.
    Tant mieux si ces réseaux sont de plus en plus utilisés de manière créative, voire subversive. Le vrai problème reste celui de la trace indélébile, mais le débat est maintenant connu, et les techniques et la législation vont continuer à évoluer.
    C’est vrai aussi qu’il n’y a pas de raisons de “censurer” le superflu, qui est de toute façon très subjectif, et peut entrer dans le domaine du créatif. Et je suis bien d’accord sur le fait que ce soit indispensable pour créer du lien.
    Mais je crois qu’on est encore dans “le fast lien social ” dont parle Céline. On pose un profil, quelle que soit sa motivation, et l’on a rarement au bout du compte quelque chose, une rencontre, qui vous fasse avancer. Tout cet ensemble : profil, photos… me semble aller vers une sorte de repli : on vend sa “marque” au lieu d’un réel désir d’ouverture.
    Et dans des situations de précarité, je pense qu’on n’a pas besoin de publier des super CV, mais surtout (et aussi) se rencontrer et agir ensemble.
    Evidemment nous sommes, dans les coopératives, dans un environnement privilégiés sur ce plan, mais les autres….?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s